Le notariat : un métier ennuyant ? Préjugés et réalités

Le notariat : un métier ennuyant ? Préjugés et réalités

Nous sommes allées à la rencontre de Me Robert-Pascal Fontanet, notaire retraité et conseil de l’Étude Fontanet-Schöni-Eckert Notaires à Genève. C’est avec enthousiasme qu’il a accepté de nous accueillir et de répondre à nos questions au sujet de la profession de notaire.

Nous allons présenter dans cet article le métier, en nous appuyant sur les propos et conseils de Me Fontanet, qui a plus de 40 ans de pratique derrière lui. 



PRÉSENTATION DU MÉTIER : LE CHOIX DU NOTARIAT 

C’est initialement par pur hasard que Me Fontanet a choisi le droit comme voie d’études, puis, grâce à un petit job d’été chez son oncle, avocat, qu’il fut conforté dans son choix : « J’aimais bien ça, le côté organisationnel des lois et des règlements et le côté syllogisme, la logique juridique. Cela m’intéressait assez, ça me rassurait, car quand on sort du collège, on n’a aucune idée de la voie à choisir. Le droit me paraissait bien structuré, pas vraiment scientifique mais quand même bien logique, ça me plaisait bien » nous confie Me Fontanet. Mais pourquoi le notariat ? Me Fontanet précise qu’il ne souhaitait pas suivre la voie de son oncle et a donc décidé de choisir une voie « à côté » mais différente. C’est ainsi qu’il a choisi le métier du notariat, malgré les préjugés souvent évoqués.


PRÉJUGÉS ET RÉALITÉ : LA COMPARAISON AVEC LE MÉTIER D’AVOCAT

Le notariat est souvent perçu comme un métier ennuyant, monotone ou trop administratif. Comme dit Me Fontanet, le métier de notaire peut paraître « un peu poussiéreux ». La réalité est tout autre. Et c’est en comparant le notariat avec le métier d’avocat que Me Fontanet nous présente sa profession. « Nous sommes avant tout le notaire de tout le monde. Les français disent que « nous sommes le notaire du contrat » et non pas le notaire des parties. Nous sommes là un peu dans un rôle de juge pour dire le droit. Alors que l’avocat, vous venez à être consulté et on vous dit ce qu’il faut faire par rapport à l’autre partie au problème […] et cette idée d’attaquer une autre partie ne me plaisait pas vraiment. Je préfère rester neutre et impartial » nous explique Robert-Pascal Fontanet. C’est les exemples dans le domaine pénal qui sont les plus parlant : « si on a l’impression que le type est une ordure absolue et en plus qu’il nous ment, ce qui arrive souvent, et que l’on doit quand même le défendre car on est nommé d’office ou que l’on a accepté le mandat, devoir défendre des gens comme ça, ça ne me plaisait pas beaucoup et devoir attaquer des gens qui sont peut-être des victimes, ça ne me plaisait pas non plus. C’est le boulot de l’avocat, on ne peut pas être avocat sans faire cela. Et je ne trouve pas que ceux-ci soient pour autant malhonnêtes car on ne peut pas reprocher à un avocat d’être teigneux dans son métier, s’il fait les choses honnêtement. Mais entre l’honnêteté juridique et l’honnêteté morale, il y a un bon bout, ce n’est pas du tout la même chose » précise Me Fontanet. Il est donc intéressant de constater qu’il y a des différences éthiques et morales entre  le métier d’avocat et celui du notariat. Être avocat, c’est accepter d’être parfois confronté à un dilemme ou d’être en conflit avec ses valeurs personnelles. Dans le notariat, ce genre de situations est beaucoup plus rare.

Quant aux qualités requises pour être notaire, selon Me Fontanet « il faut beaucoup aimer les êtres humains ». En effet, étant notaire, « il faut entrer dans les rapports affectifs des parties, dans leur histoire. Ce n’est donc pas juste de l’administratif. Il y a un côté social et on oublie de le présenter, c’est un caractère essentiel du notariat. Puis il faut trouver des solutions pour les gens. Les gens viennent peut être nous expliquer une chose, ils voient le problème d’une certaine façon, mais en réalité il y a d’autres aspects à aborder. Il faut faire le tour de la problématique et proposer des solutions, c’est ça qui est intéressant. C’est très varié, je découvre toujours des cas encore aujourd’hui, même étant retraité depuis le début de l’année. Le notariat reste très humain et peut être plus positivement humain que chez un avocat. Les gens font terriblement confiance à un notaire, c’est un rapport privilégié avec les gens ». Contrairement à l’avocat qui doit défendre son client, le notaire a quant à lui plutôt un rôle de médiateur. 

De plus, un notaire a « beaucoup de petites ou moyennes affaires, plus d’affaires en nombre par rapport à un avocat qui lui va avoir souvent seulement quelques procès, quelques contrats pour lesquels il défend une partie ». Un notaire a « en permanence des centaines de clients » contrairement à l’avocat qui aura quelques dossiers. Le rythme de travail est très différent entre les deux professions.


LE MÉTIER AUJOURD’HUI : PRATIQUE ET RÉALITÉ

Comme le relève Me Fontanet, trouver un stage est aujourd’hui une difficulté majeure dans le parcours pour devenir notaire. Les quelques Études présentes à Genève et la durée relativement longue du stage font qu’en pratique, il n’y a qu’environ 3 places de stage par année. L’avantage aujourd’hui néanmoins, c’est le nombre de conférences, séminaires et formations à dispositions dans le domaine du droit, alors qu’à l’époque, il n’y avait pas vraiment de choix. Mais avoir le choix, trop de choix peut s’avérer aussi problématique : « La difficulté maintenant, c’est de devoir choisir. Il faut quand même avoir assez vite une idée de ce que l’on veut faire ou alors être prêt à rattraper ce que l’on n’a pas fait. Il faut donc bien choisir, si on veut faire du notariat et qu’on ne touche pas au domaine des droits réels, droit des régimes matrimoniaux, droit des successions, cela peut poser problème » nous explique Me Fontanet.

Le notariat est une profession libérale et c’est de ce point de vue un avantage majeur. Toutefois, il peut s’avérer que cela soit aussi un désavantage. En effet, être indépendant (seul ou associé), c’est avoir des responsabilités. Ainsi, Me Fontanet précise : « Il faut savoir être au clair dans notre tête si l’on veut être employé avec des horaires définis, limités ou si l’on veut être indépendant et donc avoir tout à gérer tel que le personnel, etc. Être indépendant c’est une grande responsabilité mais aussi une grande liberté. Je pense qu’il y a plus d’avantages à être indépendant mais il y a aussi l’inconvénient que ce soit plus normé. Tandis que lorsque l’on est employé, on est privé des plus grandes joies mais on est aussi préservé des grandes responsabilités, des inconvénients. Sans oublier que par la suite on peut toujours changer, passer d’employé à indépendant ». 

Pour concilier vie de famille et vie professionnelle, Me Fontanet pense que « dans le couple, il faut qu’il y ait un des deux qui ait un peu de souplesse, de disponibilité dans son métier, car si les deux ont des professions rigides, avec des enfants, ce sera compliqué. Il faut une belle organisation ».

Quant au fait de travailler au sein d’une Étude, Me Fontanet souligne l’importance de la comptabilité, qui est la « colonne vertébrale » de cette petite entreprise qui fait office « d’intermédiaire financier, un rôle technique assez important ». En effet, le rôle de la comptabilité est « beaucoup plus important que chez les avocats qui eux ne reçoivent que rarement des sommes aussi importantes, ils reçoivent des honoraires mais pas des fonds de clients » précise Me Fontanet. 


CONSEILS POUR LES FUTURS PRATICIENS

Au fil du temps, deux aspects du droit ont particulièrement évolué et influencé le notariat. Comme le relève Me Fontanet, le droit public, notamment le droit administratif se superposent aujourd’hui au droit privé. « L’articulation » des différentes législations n’est pas toujours évidente. La deuxième chose qui a beaucoup évolué, c’est l’usage du droit international privé, Me Fontanet encourage d’ailleurs tout étudiant à étudier cette branche le plus possible. De façon générale, « le droit international est très important et utile, surtout à Genève (carrefour  international).  Les droits changent donc il faut toujours essayer d’en savoir le plus possible et d’avoir de bons correspondants dans les pays étrangers ». Le notariat est donc un métier varié qui permet de découvrir d’autres droits et d’autres horizons. 

Me Fontanet n’a pas hésité à relever deux insuffisances majeures chez les jeunes praticiens : la comptabilité et l’allemand. « J’ai fait 40 ans de notariat et le même problème qui est survenu pendant toutes ces années c’était de trouver des gens qui se débrouillent en allemand (au moins un vrai niveau B2), qui savent répondre au téléphone, faire un petit mot, rédiger quelques lignes, lire la doctrine et la jurisprudence, les basiques. Sans hésiter, approfondir suffisamment ses connaissance en allemand et en comptabilité sont les deux conseils que je peux vous donner.  Si vous avez fait du droit dans un autre pays par exemple en échange (Erasmus), c’est très bien, mais il faut être conscient qu’à ce moment-là, vous avez perdu des années d’études en droit suisse. Ainsi, ce que vous aurez étudié à l’étranger ce sera un plus, mais aurez un moins en droit suisse. Le cas échéant, il faudra certainement encore suivre 6 mois ou une année un cours ou une formation supplémentaire car l’un ne remplace pas l’autre » précise Me Fontanet. De plus, il rappelle qu’un séjour dans un pays anglo-saxon est excellent pour apprendre la langue « mais si on veut utiliser le droit juridique, il faut étudier du droit anglo-saxon ».

Quant au stage, Me Fontanet rappelle qu’il faut s’y prendre bien en avance (1.5 an à 2 ans avant) et ne pas hésiter à étendre les recherches géographiquement. De plus, obtenir de bonnes notes aux examens universitaires est un point important et parfois décisif lors du choix du candidat pour un stage. Il ne faut donc pas négliger cet aspect.

Finalement, Me Fontanet conseille de vraiment bien suivre le cours de recherche juridique informatisée, qui sera fort utile à l’étudiant notamment lors d’un stage. Les cours de droits réels et de droit romain sont également de très bons exercices intellectuels, il ne faut pas négliger ces enseignements qui permettent d’articuler les différent problèmes.

Le notariat est un métier varié et humain. Il ne faut donc pas s’attarder sur les préjugés et explorer le notariat comme une éventuelle perspective d’avenir. Nous remercions chaleureusement Me Fontanet pour son accueil, son enthousiasme et sa contribution pour la rédaction de cet article. 

Catherine BOYARKINE et Jeannine BOCCALI